Responsables

Lyne Martel
Université de Montréal


Anne-Michèle Delobbe
Université du Québec à Rimouski

SYMPOSIUM N
Salle 5

Quelle place pour les pratiques évaluatives dans le quotidien des directions d’établissements scolaires ?

Présentation générale

Les directions ont généralement une vision démocratique de la collaboration avec les enseignant·e·s et les valorisent dans leur travail quotidien (Martel et Lauzon, 2025). Dans un contexte axé sur la gestion par résultats, les directions ont la responsabilité de s’assurer du haut niveau de compétence des enseignant·e·s (p. ex., compétence à évaluer les apprentissages des élèves) (RLRQ c. I-13.3). Encouragées à adopter des pratiques favorisant la reddition de comptes (Bouchamma et al., 2017), elles engagent également des pratiques suscitant la participation des membres du personnel, évitant notamment de recourir à leur position hiérarchique (Bos et Chaliès, 2019). Par contre, certaines tensions sont parfois perçues entre les objectifs des politiques gouvernementales et les valeurs des directions d’établissement scolaire (Leblanc Pageau et al., accepté). Des défis sont, en effet, bien présents au carrefour des exigences organisationnelles et des intentions pédagogiques parfois contradictoires dans leur quotidien (Maulini et al., 2017).

À titre d’exemple, récemment adoptée, la loi 94 exige des directions une évaluation de tou·te·s les enseignant·e·s tous les deux ans. Si celle-ci est susceptible d’engendrer des tensions dans le rôle des directions à l’égard des enseignant·e·s, elle soulève également des questions du point de vue des compétences des directions, de l’accompagnement qui leur sera offert et des outils utilisés pour l’évaluation des compétences professionnelles des enseignant·e·s (Clénin, 2021; Lauzon, 2020).

Ce symposium s’intéressera à l’évaluation dans les pratiques des directions d’établissement, en ciblant spécialement : 1) leur rôle dans l’évaluation des compétences professionnelles des enseignant·e·s; 2) l’accompagnement des enseignant·e·s dans leurs pratiques évaluatives; et 3) l’évaluation de certains processus de gestion. Les regards croisés de praticien·ne·s et chercheur·se·s permettront d’échanger sur ces thèmes par le partage de différentes perspectives, méthodes et outils soutenant l’évaluation des objets ciblés.

Programmation du symposium N
Vendredi 20 novembre

Salle 5

Bloc 1 (13 h 30 à 15 h)

Présentation du symposium

Communication A (13 h 30 à 13 h 55)
Entre contrôle et régulation conjointe : la posture évaluative des directions d’établissement scolaire au moment fondateur de la loi 94
Nancy Lauzon (Université de Sherbrooke)
Martin Dubois (Université du Québec à Trois-Rivières)

Le texte de cadrage du symposium établit les tensions des directions, prises entre une logique de reddition de comptes et des valeurs de collaboration (Bos et Chaliès, 2019 ; Maulini et al., 2017), dont la loi 94 est l’illustration récente (évaluation des personnes enseignantes aux deux ans). Plutôt que de redécrire ces tensions, cette communication propose de les analyser en mobilisant un cadre de référence issu des sciences de la gestion et de la théorie des organisations. Elle pose ainsi la difficulté comme une contradiction structurelle du rôle : la direction doit évaluer sommativement les personnes enseignantes qu’elle accompagne. Objectif. Saisir comment les directions (re)configurent leur posture évaluative au moment fondateur de la mise en œuvre de la loi 94, alors que la pratique n’est pas encore stabilisée, en a) l’interprétant, b) l’anticipant et c) amorçant sa mise en acte. Cadre de référence. La posture évaluative de la direction d’établissement est lue à travers la notion de régulation conjointe. La règle réellement appliquée dans une école ne découle ni de la seule loi, qui impose un contrôle, ni de la seule autonomie enseignante, mais se négocie entre les deux. Évaluer revient alors, pour la direction, à construire une règle commune ou à échouer à la construire. Méthodologie. L’approche de recherche est qualitative et le devis est descriptif. Des entrevues individuelles semi-dirigées sont menées auprès de six à douze directions d’établissement scolaire. L’échantillon est intentionnel. Les entrevues combinent un récit de pratique et un dispositif de vignettes (courts scénarios ciblant chacun une tension) qui donnent accès au jugement en situation de la direction. Les données collectées font l’objet d’une analyse thématique. Résultats attendus et contribution. La recherche propose une lecture de la genèse de la posture évaluative, à savoir les conditions qui favorisent le passage vers une régulation conjointe et les coûts qu’il engage, observés en train de se mettre en place. En important un cadre extérieur à l’éducation, elle offre aux regards croisés du symposium une perspective théorique inédite sur son premier axe : le rôle des directions dans l’évaluation des compétences professionnelles enseignantes.

Communication B (13 h 55 à 14 h 20)
Entre accompagnement pédagogique et évaluation formelle : les pratiques situées des directions d'établissement d'enseignement dans l'évaluation des compétences professionnelles des enseignant·e·s au Québec
Judicaël Alladatin (Université de Montréal)

Cette communication examine les pratiques situées des directions d’établissement d’enseignement dans l’évaluation des compétences professionnelles des enseignant·e·s au Québec, à partir d’entretiens menés auprès de quatre directions du CSSMI, issues du primaire, du secondaire et de l’éducation des adultes. Chaque entretien combine une instruction au sosie, visant à faire verbaliser les gestes, repères et arbitrages ordinaires d’une évaluation d’un enseignant, et un entretien d’approfondissement portant sur les tensions, les outils et les conditions d’exercice de l’évaluation.

Les résultats montrent que l’évaluation formelle n’est jamais un acte isolé. Elle apparaît comme l’aboutissement d’un processus d’accompagnement informel, souvent amorcé bien avant la rencontre officielle et se traduisant par l’observation de signaux faibles, la clarification des attentes, la mobilisation de ressources, le soutien individualisé et la construction graduelle d’un jugement professionnel. Les directions cherchent ainsi à préserver la relation de confiance tout en assumant leur responsabilité hiérarchique. La grille d’évaluation agit comme un médiateur ambigu, car elle peut rassurer lorsqu’elle est explicitée à l’avance, mais devient source de tension lorsque certaines compétences ne peuvent être validées. Les directions reconnaissent également une part d’incertitude dans leur propre jugement, particulièrement face à des enseignant·e·s expérimenté·e·s dont la pratique quotidienne demeure partiellement invisible. Enfin, les données relatives aux apprentissages des élèves orientent parfois le regard évaluatif, sans être pleinement intégrées aux instruments formels. Ces constats prennent une portée particulière avec la loi 94, qui introduit l’obligation d’évaluer l’ensemble du personnel enseignant aux deux ans. Cette transformation élargit considérablement le rôle évaluateur des directions et soulève des enjeux majeurs de compétence évaluative, d’accompagnement, de charge de travail et d’outillage. La communication discutera des conditions nécessaires pour que cette obligation ne se réduise pas à une procédure administrative, mais soutienne réellement le développement professionnel enseignant.

Communication C (14 h 20 à 14 h 45)
Gouverner par les données ? La direction d'établissement d’enseignement entre données probantes et jugement professionnel dans l’évaluation des enseignant.e.s
Bianka Bessette (Université de Montréal)
Judicaël  Alladatin (Université de Montréal)

L'adoption récente de la loi 94, qui impose aux directions une évaluation de l'ensemble du personnel enseignant tous les deux ans, replace l’activité d’évaluation au cœur de leur quotidien. Mais sur quels référents fonder le jugement porté par la direction sur les pratiques enseignantes ? Dans une gouvernance éducative axée sur les données probantes, une réponse largement diffusée consiste à puiser dans les méta-analyses, qui hiérarchisent les pratiques d'enseignement selon leur efficacité présumée et alimentent ainsi les critères servant à évaluer les compétences professionnelles (Biesta, 2007 ; Saussez et Lessard, 2009). Mais que valent réellement ces repères lorsqu'ils sont confrontés à la réalité du terrain scolaire ? S'appuyant sur une posture hybride de doctorante et de direction d'établissement, cette communication propose une lecture critique des usages des méta-analyses dans l'évaluation des compétences professionnelles enseignantes. Bien que ces synthèses visent à objectiver les décisions, plusieurs limites documentées dans la littérature invitent à la prudence, notamment l'agrégation d'études hétérogènes, la confusion entre corrélation et causalité, la faible prise en compte des contextes et la réduction de la complexité éducative à des tailles d'effet (Bergeron, 2016 ; Simpson, 2017). Dans les milieux scolaires, ces référents tendent à produire des dispositifs normatifs d'évaluation du personnel enseignant, où le jugement porte sur des pratiques riches à partir de critères standardisés. Quelle place reste-t-il alors au jugement professionnel ?

Cette communication positionne les directions comme médiatrices entre savoirs scientifiques et réalités locales, et propose de concevoir l'évaluation comme un processus contextualisé, où les données probantes éclairent l'action sans se substituer au jugement professionnel (Lafortune et Allal, 2008). Elle répond ainsi à la question de la place des pratiques évaluatives dans le quotidien des directions, au moment où la loi 94 en fait une responsabilité formelle et récurrente.

PANEL 1 - Intervenants du milieu (14 h 45 à 15 h)

Pause (15 h à 15 h 30)

Bloc 2 (15 h 30 à 17 h)

Communication D (15 h 30 à 15 h 55)
Étude des compétences et profils des candidats aux postes de direction et direction adjointe d'établissement scolaire au Québec
Benjamin Lafrenière-Carrier (Directeur des interventions, EPSI)
André Durivage (Président, EPSI et Université du Québec en Outaouais)

Les règlements et politiques qui structurent l’environnement scolaire québécois sont en évolution continue depuis plusieurs décennies, incluant notamment le rapport Parent et ses retombées, ainsi que la transformation des commissions scolaires en centres de service (Bernatchez, 2011 ; Bernatchez et Lemieux, 2025). Suivant cette multiplication des réformes, mais également l’évolution des contextes socioculturels au sein desquels s’insèrent les établissements scolaires, les compétences requises des directions et directions adjointes d’établissement scolaire subissent également une évolution accélérée (Bernatchez, 2011). Est également à considérer que la relève pour ces postes à impact élevé pour les écoles québécoises provient d’un bassin d’enseignants qualifiés qui est lui-même en pénurie croissante depuis quelques dizaines d’années (Mukamurera et al., 2023) et exige de minimalement s’engager dans des études de deuxième cycle en administration scolaire (MELS, 2008). À la croisée de ces constats, plusieurs questionnements surviennent quant au niveau auquel les personnes aspirant à ces fonctions de gestion sont initialement bien préparées à relever les défis qu’elles comportent.

Dans ce contexte, ce projet propose de brosser un portrait d’ensemble de 453 personnes candidates à des postes de direction et de direction adjointe d’établissement de sept centres de service scolaires qui ont complété au moins l’un des quatre tests psychométriques ciblés au cours des cinq dernières années. Sans strictement s’y limiter, ce portrait s’intéresse principalement aux habiletés de gestion impliquant l’allocation efficace et efficiente des ressources, le suivi des performances individuelles et collectives ainsi que le développement des compétences du personnel, qui correspondent à la gestion administrative et à la gestion des ressources humaines qui figurent dans certains autres écrits (Bernatchez, 2011 ; MELS, 2018). Les données sont mobilisées afin de nourrir diverses réflexions critiques en lien avec le recrutement et la sélection des directions et directions adjointes d’établissement ainsi que pour leur intégration et le développement de leurs compétences en continu.

Communication E (15 h 55 à 16 h 20)
Évaluer quand on n’est pas boss : besoins, pièges et vision systémique
Alain Huot (Université du Québec à Trois-Rivières)


La structure et le fonctionnement du système scolaire québécois sont balisés par la Loi sur l’instruction publique. Cette dernière prescrit certains rôles et responsabilités aux directions d’établissement d’enseignement, notamment quant au fait d’assurer la qualité de l’enseignement. En plus de cette prescription, le « vieux » référentiel de compétences pour la formation à la gestion d’un établissement d’enseignement (MELS, 2008) met également l’accent sur le rôle d’assurer le développement des compétences des membres de l’équipe-école. Malgré l’importance soulignée par la loi et le référentiel, plusieurs directions d’établissement d’enseignement se sentent peu outillées pour exercer pleinement ce rôle. Ainsi, cette communication invite à réfléchir à partir du modèle Shingo, provenant du Shingo Institute, en tant que modèle de fonctionnement et de structuration des pratiques évaluatives dans un contexte de gestion scolaire. Ce modèle permet de travailler sur les comportements souhaités en s’appuyant sur des principes « universels », tout en mettant en place des systèmes et des outils qui produiront des résultats tant chez les individus que dans l’organisation. Nous présenterons une utilisation concrète tout en mettant l’accent sur les besoins des gestionnaires scolaires d’évaluer le travail des membres de leur personnel, sur les pièges structurels qui font en sorte que les pratiques évaluatives de gestion sont peu mises en œuvre dans les milieux scolaires et sur l’importance d’intégrer le modèle Shingo dans le développement d’une vision systémique des pratiques évaluatives de gestion pour diminuer la lourdeur de la tâche des directions et le sentiment de contrôle ressenti par les membres du personnel.

Communication F (16 h 20 à 16 h 45)
« Les juges ont délibéré » : théorisation d’un dispositif de modération sociale en évaluation des apprentissages
Rafaël Leblanc-Pageau (Université de Montréal)
Naomie Fournier Dubé (Université de Montréal)
Lyne Martel (Université de Montréal)

Les pratiques évaluatives, à l’image des pratiques d’enseignement en général, s’effectuent généralement de façon autonome, voire privée, par les personnes enseignantes (Allal et Mottier Lopez, 2014). Or, la littérature met en évidence un large éventail de retombées positives associées au travail collaboratif des personnes enseignantes en matière d’évaluation (Ochelen et al., 2024) : cohérence renforcée de l’alignement pédagogique (Smaill, 2020), augmentation de la confiance des personnes enseignantes comme évaluatrices (Adie, 2024), harmonisation des pratiques évaluatives et d’enseignement (Yerly, 2021). Un dispositif structuré et éprouvé ailleurs dans le monde constitue une voie intéressante pour générer les avantages de la collaboration entre personnes enseignantes : la modération sociale. Il s’agit d’un processus par lequel des personnes enseignantes se rassemblent pour délibérer autour des productions d’élèves afin d’établir une compréhension commune et partagée des attentes pédagogiques (Klenowski et Wyatt-Smith, 2014). Pour ce faire, des équipes enseignantes tiennent des rencontres formelles où des productions types d’élèves sont discutées afin d’arriver à une conception commune des critères d’évaluation et des standards de réussite (Adie, 2024).

À partir des perspectives du leadership transformationnel (Stewart, 2006 ; Thibodeau et al., 2011) et du leadership distribué (Spillane et al., 2008), nous présenterons de quelle façon les directions d’établissement scolaire (DES) peuvent contribuer et participer à l’implantation et au déroulement de la modération sociale. Cette communication présentera d’abord le modèle de modération sociale tel qu’il est mis en œuvre en Australie, où il constitue un dispositif standardisé, soutenu par les autorités gouvernementales et accompagné d’outils et de structures destinés aux équipes-écoles (Queensland Curriculum and Assessment Authority, 2025). Ensuite, un parallèle théorique sera effectué avec les portraits de classe, utilisés par les DES du primaire pour accompagner les personnes enseignantes quant au suivi des apprentissages des élèves. Finalement, le rôle des DES dans l’implantation de la modération sociale sera précisé au regard de plusieurs pratiques déjà documentées dans la littérature (Leblanc-Pageau et al., accepté). Nous avancerons l’hypothèse selon laquelle la participation des DES aux dispositifs de modération sociale peut leur permettre de développer une compréhension des standards de réussite partagée avec les personnes enseignantes afin de mieux les accompagner quant à leurs pratiques évaluatives.


PANEL 2 - Intervenants du milieu
(16 h 45 à 17 h)

Clôture du symposium