Responsables
Jonathan Martel
Université du Québec à Montréal
Alexandre Beaupré-Lavallée
Université de Montréal
Sébastien Béland Université de Montréal
SYMPOSIUM F
Salle 6
Rendre compte de la complexité dans l’évaluation curriculaire en formation technique : modèles, défis et perspectives d’avenir
Présentation générale
Au Québec, les réformes successives touchant la formation professionnelle et technique ont fait de l’adéquation formation-emploi le principe central de la gestion et de l’évaluation curriculaire (Doray et Ionici, 2023). Les indicateurs de performance des programmes reposent essentiellement sur leur capacité à répondre aux besoins de main-d’œuvre. Toutefois, l’éducation tout au long de la vie, la diversification des parcours éducatifs, l’écosystème changeant de la gouvernance de la mission éducative et la complexité des situations scolaires conduisent à s’interroger sur les principes d’évaluation curriculaire.
Ce colloque porte sur l’évaluation du curriculum de formation collégiale technique (jeunes et adultes). Adoptant une approche critique, il questionne les modèles existants en tenant compte de la complexité des facteurs permettant de porter un jugement qualificatif sur les composantes curriculaires.
Le curriculum se définit comme « [l’ensemble] des assises […] qui consolide la construction pertinente et cohérente d’un système d’éducation ou de l’une de ses composantes, et qui guide les éducateurs dans leurs activités » (Legendre, s.d.). Son évaluation nécessite de prendre en compte des facteurs tels que les cycles économiques, les transformations technologiques, le financement, la formation du personnel, les programmes, ainsi que la complexité des parcours de vie et d’apprentissage des personnes apprenantes.
Comment les modèles, tels que le responsive model (Stake, 1983), le Goal Free model (Scriven, 1991) ou le CIPP (Stufflebeam, 2000), permettent-ils d’évaluer la qualité de l’offre de formation et son adéquation aux besoins en tenant compte de la complexité des situations ? Comment arbitrent-ils les conflits de valeurs entre les perspectives et les intérêts des parties prenantes ? Comment l’État, les établissements et les parties prenantes négocient-ils leurs valeurs et leur participation dans les différentes phases du processus ?
La diversification des profils ainsi que des parcours de vie et de formation des personnes apprenantes, les transformations économiques rapides et le développement technologique commandent une remise en question des modalités d’évaluation curriculaire.
Programmation détaillée
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Ouverture du symposium
Jonathan Martel (Université du Québec à Montréal)
Alexandre Beaupré-Lavallée (Université de Montréal)
Sébastien Béland (Université de Montréal)* Perspective des professionnels et des enseignants
Communication A
La prise de recul comme stratégie d’autoévaluation de la pratique professionnelle en conseil pédagogique au collégial
Martine St-Germain (Université du Québec à Montréal)
Debby Ann Philie (Cégep Gérald-Godin et Université de Sherbrooke)La pratique des personnes conseillères pédagogiques au collégial s’exerce dans des contextes complexes, évolutifs et souvent marqués par l’incertitude. Elles sont notamment appelées à accompagner les personnes qui enseignent dans diverses disciplines techniques hétérogènes et en lien avec des curriculums variés. Dans ce contexte, l’autoévaluation ne peut se limiter à vérifier l’atteinte de critères prédéterminés; elle suppose plutôt une capacité à porter un jugement sur son action, à en apprécier les effets et à ajuster sa pratique. Cette communication propose d’explorer la prise de recul comme stratégie d’autoévaluation de la pratique professionnelle. Elle s’inspire du modèle d’évaluation réceptive de Robert E. Stake (Responsive Evaluation), qui accorde une attention particulière aux préoccupations des personnes concernées, aux situations vécues et à la compréhension contextualisée de l’action. Elle s’appuie également sur les travaux récents de Noreau, Philie et Guillemette (2026) portant sur l’agir compétent en conseil pédagogique au collégial, dans lesquels la prise de recul est envisagée comme une condition permettant de transformer l’expérience en expertise et de soutenir une pratique réflexive et évolutive. L’objectif de cette présentation est de montrer comment cette démarche de prise de recul peut contribuer au développement et à l’amélioration continue de la pratique professionnelle.
Communication B
Évaluer la pertinence des programmes techniques à l’ère de l’intelligence artificielle générative : une perspective CIPP
Neerusha Gokool (Université de Montréal)L’essor rapide de l’intelligence artificielle générative (IAG) transforme plusieurs pratiques professionnelles et soulève des questions quant à l’adéquation entre les programmes de formation technique et les besoins émergents des milieux de travail. Dans un contexte où les transformations technologiques peuvent survenir plus rapidement que les processus formels de révision des programmes, comment l’évaluation curriculaire peut-elle rendre compte de cette complexité?
Cette communication examine cette question à partir du modèle CIPP (Context, Input, Process, Product) de Stufflebeam. Une recension ciblée d’études empiriques documentera la manière dont les transformations associées à l’IAG sont prises en compte dans l’évaluation et l’évolution des programmes de formation. Elle sera complétée par des groupes de discussion auprès de personnes enseignantes impliquées dans des programmes techniques au collégial. À partir de situations vécues, les participant·e·s examineront les changements liés à l’IAG qui les amènent à questionner la pertinence des compétences visées, leur adéquation aux pratiques professionnelles et la capacité de leur programme à s’adapter à ces transformations.
L’analyse permettra d’examiner comment les dimensions du modèle CIPP permettent de rendre compte de ces tensions entre l’évolution du contexte professionnel et la formation offerte. Elle contribuera ainsi à une réflexion empirique sur l’évaluation de la pertinence des programmes techniques dans un environnement technologique en rapide transformation.
* Perspective de l’éducation et de la formation tout au long de la vieCommunication C
Questionner la notion de réussite en formation technique à travers le récit des parcours de transition des adultes en formation
Marie Thériault (Université de Montréal)La communication porte sur une réflexion entreprise de longue date sur l’évaluation de la réussite scolaire dans une perspective d’éducation et de formation tout au long de la vie. À partir du modèle de Long (1989), nous proposons une réflexion sur la mesure de la réussite, et ce, particulièrement quant aux transitions de la FGA vers le collégial. La communication s’appuie sur une étude ethnographique portant sur la transition d’apprenantes et d’apprenants de la formation générale des adultes (FGA) qui choisissent, après y avoir obtenu leur diplôme d’études secondaires (DES), de s’inscrire à un programme collégial (Thériault et Marchand, 2025).
Communication D
Développement d’indicateurs pour rendre compte du parcours des adultes en formation continue collégiale
Jonathan Martel (Université du Québec à Montréal)Cette communication abordera les enjeux liés à l’évaluation curriculaire dans une perspective de formation continue et de formation tout au long de la vie. Des études montrent que les parcours de formation des adultes relèvent de situations et de motivations complexes qu’une évaluation axée sur l’emploi occupé post-diplôme ou sur le taux d’obtention du diplôme en durée prévue ne permet pas de saisir. Afin d’en tenir compte, il apparaît essentiel de prendre en considération d’autres critères liés notamment à la correspondance entre les objectifs et les connaissances initiales des personnes et les finalités réelles des formations. Comment peut-on développer des indicateurs pour évaluer le curriculum de formation continue collégiale qui tiennent compte de la complexité des parcours et des attentes des apprenants et apprenantes adultes? Les cadres particuliers de gouvernance et de financement, la cohabitation d’établissements publics et privés, la grande variété des programmes et des modalités de formation offertes, l’absence de cadre formel d’évaluation curriculaire, la marginalisation des services de formation continue dans les cégeps et la complexité des situations de vie des adultes qui retournent en formation ne sont que quelques éléments qui doivent être pris en compte dans le développement d’un modèle évaluatif.
*Perspective institutionnelle et organisationnelle
Communication E
Évaluer le financement de la formation technique collégiale : un angle mort de l’évaluation de la qualité
Alexandre Beaupré-Lavallée (Université de Montréal)
Laurence Vallée (ÉNAP, Collège d’Alma)
Jonathan Martel (Université du Québec à Montréal)L’évaluation de l’offre de formation technique au collégial québécois mobilise habituellement des indicateurs de réussite, de diplomation et d’insertion professionnelle, ainsi que des analyses d’adéquation entre les programmes et les besoins du marché du travail. Or, ces démarches négligent une dimension structurante : l’évaluation du financement de ces formations. Le coût élevé des équipements spécialisés, l’encadrement en laboratoire et la mise à jour technologique des programmes font pourtant du financement un déterminant direct de la qualité et de la pertinence de l’offre.
Cette communication soutient que l’évaluation du financement constitue une composante essentielle, mais largement absente, d’un processus d’évaluation plus global. À partir d’une recension des cadres évaluatifs existants et d’une analyse des modalités de financement par enveloppe et par programme, nous proposons d’articuler critères financiers et critères de qualité au sein d’un même dispositif évaluatif.
Nous discuterons enfin des implications de cette intégration pour les gestionnaires, les bailleurs de fonds et les instances d’assurance qualité, en explorant comment elle renforce la capacité d’adaptation des formations aux mutations du marché du travail.
Communication F
L’adéquation emploi-formation comme indicateur de l’évaluation curriculaire?
Yves De Champlain (Université du Québec à Montréal)L’adéquation formation-emploi a souvent été un indicateur utilisé pour évaluer la pertinence curriculaire. Mais une source de données très importante et peu ou pas exploitée est celle de l’adéquation emploi-formation. Autrement dit, dans quelle mesure les personnes ayant terminé leur formation doivent-elles, une fois sur le marché du travail, suivre une formation complémentaire dans le cadre d’un parcours en reconnaissance des acquis et des compétences (RAC)? L’organisation de la RAC collégiale, à l’instar des autres ordres de formation, a toujours eu tendance à considérer cette variable comme davantage liée à la personne candidate à la RAC. L’examen de cette dimension selon un angle systémique ne va pas de soi et soulève de nombreuses questions et de nombreux défis, que ce soit relativement à la collecte des données ou à leur analyse. Ce sont ces défis et ces questions que cette communication propose d’explorer.
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Table ronde
Regards croisés sur la complexité dans l’évaluation curriculaire en formation technique
Jonathan Martel (Université du Québec à Montréal)
Alexandre Beaupré-Lavallée (Université de Montréal)
Sébastien Béland (Université de Montréal)Le symposium se conclut sur une discussion abordant la complexité de l’évaluation curriculaire sous le thème « Regards croisés sur la complexité dans l’évaluation curriculaire en formation technique ». Les personnes intervenantes ainsi que les personnes participantes au symposium seront invitées à porter un regard critique et analytique sur ce qui a été proposé. Elles seront invitées à porter des regards obliques et à mobiliser des approches externes. Les discussions seront conduites selon un modèle hybride qui combine la table ronde et la méthode World Café. En clôture, les personnes présentes seront invitées à proposer des pistes de solution et à développer des idées de projets novateurs pouvant être réalisés pour résoudre certaines des tensions et certains des défis identifiés.