SYMPOSIUM D
Salle 4

Les pratiques de notation alternatives (PAN) en enseignement supérieur : innover pour une évaluation porteuse de sens

Responsables

Présentation générale

Si de nombreux membres du corps professoral à l’université et au collégial constatent que plusieurs personnes étudiantes se retrouvent devant eux sans maîtriser certains acquis préalables, la responsabilité de l’évaluation dans cet état de fait demeure encore relativement peu discutée. Pourtant, la recherche montre que certains dispositifs évaluatifs permettent la réussite certificative sans nécessairement garantir une maîtrise durable des contenus enseignés (Boud et Falchikov, 2006; Knight, 2002). L’arrivée de l’IA générative est d’ailleurs venue exacerber cet enjeu (Bittle et El-Gayar, 2025), et il apparait dès lors plus complexe que jamais d’évaluer en contexte d’enseignement supérieur, surtout considérant que de nombreuses pratiques d’évaluation normative y demeurent bien ancrées (ORES, 2025). Renverser cette tendance requiert parfois une adaptation considérable chez les personnes enseignantes, contraintes de revoir la charpente pédagogique de leurs cours afin d’écarter des modalités évaluatives dont la validité se retrouve fragilisée.

Dans ce contexte, il s’avère pertinent de s’intéresser aux pratiques de notation dites alternatives (PAN). En plus de favoriser la rigueur et le respect des exigences, ces approches peuvent redonner un sens à l’évaluation en laissant davantage de place à l’apprentissage (Streifer et al., 2024). Parmi ces pratiques non traditionnelles, notons par exemple l’évaluation par spécifications (Nilson, 2014), qui se démarque par une approche binaire de l’appréciation de critères (satisfaisant/insatisfaisant), assurant ainsi l’atteinte d’un niveau minimal requis. Bien que cette conception de l’évaluation puisse paraître pertinente dans un contexte d’enseignement supérieur, très peu de pratiques concrètes ont fait l’objet d’un partage substantiel et des doutes peuvent subsister quant à la manière d’opérationnaliser de tels changements.

Ce colloque propose donc un panorama sous forme de répertoire de pratiques (Paillé, 2007) dans le domaine des PAN, autant au collégial qu’à l’université. Il offrira également un espace de réflexion et de dialogue sur les transformations de l’évaluation en enseignement supérieur.


Laurent Bernatchez
Université Laval


Hélène Paradis
Université Laval

‍ ‍ ‍
Pier-Ann Boutin‍ ‍Université Laval‍

Programmation du symposium D
Jeudi 19 novembre

Salle 4

Bloc 1 et 2 (9 h 35 à 12 h 35)

Communication A
Les PAN au-delà des étiquettes : un modèle pour caractériser leur implantation
Caroline Cormier (Cégep André-Laurendeau)
Bruno Voisard (Cégep André-Laurendeau)

Notation par spécifications, notation basée sur les standards, dénotation : les pratiques alternatives de notation (PAN) se déclinent en plusieurs familles. Elles partagent toutefois un point commun essentiel : elles redonnent aux étudiantes et aux étudiants un véritable droit à l’erreur en cours d’apprentissage en leur offrant plusieurs occasions de démontrer leurs apprentissages sans pénalité. Or, ces étiquettes ne suffisent pas à décrire adéquatement les pratiques réellement mises en œuvre en classe. Leurs frontières sont perméables : un même système de notation emprunte souvent à plusieurs familles à la fois, et deux systèmes se réclamant de la même étiquette peuvent impliquer des interventions très différentes. Cette perméabilité complique l’analyse de la fidélité de la mise en œuvre, un enjeu pourtant crucial pour comprendre pourquoi une pratique donnée produit des effets bénéfiques dans une classe, mais aucun effet dans une autre.

Cette présentation propose de dépasser les étiquettes en s’appuyant sur un modèle de caractérisation comportant six paramètres, construit à partir des travaux de Théberge, de Li et de ses collègues, ainsi que de Palmer et Streifer : l’objet de la notation, sa révisabilité, l’agentivité laissée aux étudiantes et aux étudiants, les modalités de communication des notes, leur granularité et la méthode utilisée pour les déterminer. Chacun de ces paramètres se décline en caractéristiques plus précises, par exemple : le degré d’alignement de la note avec les cibles d’apprentissage ainsi que la place du jugement et des algorithmes dans la détermination de la note finale. Cette grille d’analyse poursuit un double objectif : offrir aux personnes enseignantes un levier pour faire évoluer leurs pratiques d’évaluation et inviter les équipes de recherche sur l’évaluation et la notation à mieux décrire les systèmes qu’elles étudient, afin que leurs travaux soutiennent plus directement les milieux de pratique.

Communication B
Présenter les PAN au corps professoral par l’entremise d’une métaphore culinaire
Hélène Paradis (Université Laval)
Laurent Bernatchez (Université Laval)

À la suite de la publication de Specifications Grading par Nilson (2014), un courant de réflexion sur les pratiques alternatives de notation (PAN) a suscité un intérêt croissant en enseignement supérieur. Si cette approche intéresse plusieurs personnes enseignantes, il n’est pas toujours simple de savoir par où commencer pour l’intégrer à sa pratique. C’est dans cette perspective que les personnes conseillères pédagogiques peuvent agir comme courroies de transmission afin de faciliter l’intégration de nouvelles méthodes pédagogiques (Lachaîne et Duchesne, 2019). L’innovation pédagogique requiert d’abord une appropriation des fondements théoriques de ces méthodes ainsi qu’une capacité à les vulgariser, deux dimensions de l’expertise indissociables du rôle de personne conseillère pédagogique (Proust-Androwkha et al., 2025).

Notre contribution consiste en un partage de pratique (Paillé, 2007) réalisé par des personnes conseillères pédagogiques universitaires ayant didactisé certains éléments constitutifs de l’évaluation par spécifications à la suite d’une synthèse des connaissances sur le sujet. Cette démarche a mené à l’organisation de deux cafés pédagogiques portant sur les PAN et destinés au personnel enseignant de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. S’appuyant sur une métaphore culinaire comme fil conducteur, les formations faisant l’objet de ce partage reposaient également sur divers principes pédagogiques jugés porteurs, tels qu’une amorce accrocheuse, l’utilisation d’analogies, l’humour et un ancrage symbolique fort. L’emploi de cette métaphore filée a eu des retombées concrètes : les personnes participantes se la sont appropriée pour faire référence à l’évaluation par spécifications et pour l’expliquer en classe. Cela nous porte à croire que le fait de présenter avec audace des contenus scientifiques en enseignement supérieur marque positivement les esprits, en plus d’en faciliter l’appropriation.

Ce partage de pratique s’adresse principalement aux personnes qui s’intéressent aux stratégies pédagogiques jugées innovantes ou qui souhaitent trouver une façon efficace d’expliquer les PAN ou d’autres notions complexes.

Communication C
« Merci de m’avoir permis de me reprendre » : Processus d’appropriation de l’évaluation par spécification dans le cadre de cours universitaires
Pier-Ann Boutin (Université Laval)

Dans une approche inspirée de l’apprentissage en situation de travail (Mortana et Bourgeois, 2012), cette communication vise à présenter la mise à l’épreuve d’un dispositif d’évaluation par spécifications (Specifications Grading; Nilson et Packowski, 2026) dans deux cours universitaires de deuxième cycle offerts à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. Nous y documentons l’expérience de la professeure responsable, notamment sous l’angle de l’appropriation-individuation de la démarche d’évaluation des apprentissages par spécifications (Theureau, 2015). Pour ce faire, nous adoptons une approche méthodologique inspirée de l’autoethnographie (Dubé, 2016; Ellis et al., 2011; Labrèche, 2025; Rondeau, 2011), qui permet la mise en mots et l’analyse de l’expérience vécue. L’analyse met en lumière le fait que l’appropriation de nouvelles pratiques, envisagée comme un produit de l’expérience, émerge d’une interaction asymétrique entre la personne enseignante et son environnement, soit d’une forme d’énaction au sens de Theureau (2015). Cette interaction s’appuie, d’une part, sur les ancrages historiques signifiants de la professeure, notamment ses expériences antérieures, ses conceptions de l’évaluation et ses intentions pédagogiques. D’autre part, elle se construit à partir d’ancrages situationnels perceptibles, tels que les réactions des personnes étudiantes, les contraintes propres aux cours et les effets observés de la démarche. L’appropriation ne correspond donc pas à l’application fidèle d’un modèle préétabli, mais à sa transformation progressive en une pratique située, ajustée et individualisée.


Communication D
Déstabiliser pour mieux noter : la notation par spécifications dans un cours d’introduction à l’université
Anne Bernard (Université Laval)

Cette communication propose un retour réflexif sur l’utilisation de la notation par spécifications (NPS) dans un cours d’introduction à l’évaluation environnementale offert au premier cycle universitaire. Destiné à des personnes étudiantes provenant de programmes variés, ce cours constitue un terrain particulièrement riche pour expérimenter des approches d’évaluation favorisant l’engagement, l’autonomie et la responsabilisation. Après quatre années de mise en œuvre de la NPS, cette présentation dressera un bilan des apprentissages réalisés au fil de cette expérience. J’y présenterai les motivations qui m’ont conduite à adopter cette approche au début de ma carrière professorale, notamment le souhait de rendre les attentes plus transparentes, de centrer l’évaluation sur l’atteinte des apprentissages et de répondre à certaines limites perçues des pratiques traditionnelles de notation. Je reviendrai également sur les ajustements apportés au fil du temps, les réussites observées ainsi que les défis rencontrés, tant du point de vue des personnes étudiantes que de celui de l’enseignante. Une attention particulière sera accordée à l’expérience vécue par les personnes étudiantes. Bien que la NPS semble favoriser une meilleure compréhension des attentes et une plus grande prise en charge des apprentissages, elle peut aussi déstabiliser les personnes habituées à des modèles d’évaluation plus conventionnels.

Cette communication examinera ainsi les conditions favorisant son implantation ainsi que les principaux avantages et les principales limites observés dans le contexte d’un cours à grand effectif réunissant une population étudiante diversifiée. Enfin, ce partage d’expérience servira de point de départ à une réflexion sur la manière de documenter plus rigoureusement les effets de la NPS. À partir des constats tirés de ma pratique, je proposerai des pistes permettant de mieux comprendre dans quelle mesure cette approche contribue à la motivation, à l’autonomisation et à la responsabilisation des personnes étudiantes, tout en tenant compte de ses répercussions sur la charge de travail, l’adhésion et la satisfaction du corps professoral. Cette réflexion vise également à alimenter les discussions entourant la diffusion et l’appropriation de la NPS dans l’enseignement universitaire.

Communication E
Effets des pratiques alternatives de notation (PAN) sur l’apprentissage et la motivation au collégial
Caroline Cormier (Cégep André-Laurendeau)
Bruno Voisard (Cégep André-Laurendeau)

L’évaluation des apprentissages poursuit deux finalités : soutenir l’apprentissage et témoigner avec justesse des acquis. Or, la pratique habituelle consistant à produire une note finale par sommation de points n’est cohérente avec aucune de ces deux finalités. D’autres approches existent toutefois : les pratiques alternatives de notation (PAN). Dans un cours qui recourt aux PAN, les erreurs commises en cours d’apprentissage ne sont pas pénalisées, et la note finale est établie en fonction de l’état des apprentissages au terme du parcours. Les PAN ont donc le potentiel de réaligner l’évaluation sur ses finalités, mais elles demeurent encore peu connues et peu étudiées, particulièrement dans le monde francophone.

Cette recherche, menée dans le réseau collégial québécois, documente rigoureusement l’implantation des PAN au collégial ainsi que leurs effets sur l’apprentissage, le stress en situation d’évaluation et les croyances des personnes étudiantes à l’égard de l’évaluation. Auprès de 1 500 étudiantes et étudiants, nous avons recueilli des données qualitatives, au moyen d’entrevues, et quantitatives, au moyen de questionnaires administrés en prétest, en post-test et en post-test différé, portant sur des variables motivationnelles et des contenus disciplinaires. Grâce à un devis quasi expérimental mixte, les données recueillies révèlent que le recours aux PAN favorise davantage l’apprentissage que les pratiques habituelles de notation, mais que cet effet varie selon les caractéristiques des systèmes implantés. Les systèmes offrant une grande clarté des critères, une forte transparence et des possibilités de reprise améliorent significativement plusieurs dimensions de l’expérience étudiante.

Les entrevues menées auprès des personnes étudiantes fournissent en outre de riches pistes d’explication des effets observés. Cette recherche propose ainsi un cadre d’analyse transférable à différents contextes disciplinaires et institutionnels. Ses résultats permettent d’identifier les conditions essentielles à une implantation réussie et d’éviter les écueils documentés.


Communication F
Innover dans l'évaluation des stages en enseignement : un dispositif de formation fondé sur l'évaluation par spécifications
Anne-Marie Miville (Université Laval)
Pier-Ann Boutin (Université Laval)

Les stages en éducation préscolaire et en enseignement primaire au Québec contribuent au développement des compétences professionnelles (Gouvernement du Québec, 2020). Or, l’évaluation de ces compétences en formation pratique repose encore largement sur le jugement des personnes qui accompagnent les stagiaires. Elle s’appuie sur des outils dont la pertinence ne fait pas consensus (Bélair et Talbot, 2024) et demeure influencée par la compréhension que ces personnes ont du contexte de stage dans lequel évolue la personne stagiaire (Hallez et al., 2025). Cette situation contribue à introduire une part de subjectivité dans le processus évaluatif (Gouin et Hamel, 2015; Lebel et al., 2015; Maes et al., 2023). Accorder une plus grande place à la personne stagiaire dans son évaluation permettrait non seulement de rendre visibles certaines dimensions de son activité professionnelle autrement difficilement observables, mais aussi de soutenir son processus d’apprentissage (Debliquy et al., 2024; Kilic et Saglam, 2023; Stumpf et al., 2024). Dans cette perspective, le dispositif de formation pratique de la maîtrise en éducation préscolaire et en enseignement primaire (MÉPEP) de l’Université Laval, au Québec, a été conçu selon les principes de l’évaluation par spécifications (Nilson et Packowski, 2026). Il vise à responsabiliser la personne apprenante, à réduire la subjectivité de l’évaluation (Guay et Poproski, 2023; Streifer et al., 2024) et à soutenir le développement de ses compétences professionnelles. S’appuyant sur une approche autoethnographique et sur l’analyse de traces de l’activité professionnelle de la personne conceptrice (Ellis et al., 2011; Hamilton et al., 2006), cette communication décrit le dispositif implanté entre juin 2025 et juin 2026 selon les étapes de la démarche du Scholarship of Teaching and Learning (Colet et al., 2011).

Bloc 3 et 4 (13 h 50 à 17 h)

Communication G
Exploiter les entretiens oraux en contexte d’évaluation par spécifications
Laura Parent (Université Laval)
Andréanne Gagné (Université Laval)

Les limites des approches traditionnelles de notation amènent de nombreuses personnes enseignantes à repenser leurs pratiques évaluatives. Dans ce contexte, l’évaluation par spécifications (Nilson et Packowski, 2014) constitue une avenue prometteuse, puisqu’elle repose sur la démonstration des apprentissages tout en intégrant des occasions de soutien et de régulation au sein même du processus évaluatif. S’il est essentiel de soutenir les apprentissages en contexte d’évaluation, il demeure tout aussi important de permettre aux personnes étudiantes de démontrer une compréhension approfondie des contenus enseignés et leur capacité à les mobiliser. C’est notamment ce que permettent les évaluations orales (Nallaya, 2024).

Dans cette perspective, cette communication présente le pilotage d’un dispositif d’évaluation par spécifications implanté dans un cours obligatoire de premier cycle en éducation à l’Université Laval. Les personnes étudiantes sont appelées à démontrer leurs acquis dans des contextes variés, notamment lors d’entretiens oraux individuels et collectifs intégrés au processus d’évaluation par spécifications. La présentation décrira la conception du dispositif, les fondements pédagogiques ayant guidé son élaboration ainsi que les modalités de son déploiement. Les principaux avantages observés, notamment ceux associés au recours aux entretiens oraux, seront ensuite discutés : la diversification des situations d’évaluation, une meilleure cohérence entre les objectifs d’apprentissage et les modalités d’évaluation, la mobilisation des connaissances dans des tâches authentiques ainsi que le respect de l’intégrité académique (Davey et al., 2024). Enfin, un retour critique portera sur les défis rencontrés lors de cette première implantation, notamment la planification du dispositif, l’adhésion des personnes étudiantes aux évaluations orales (Davey et al., 2024), la gestion des entretiens et l’organisation du travail en équipe. L’analyse critique de cette expérimentation permettra de dégager, à partir de propositions pédagogiques existantes (UCL, 2026), des pistes de réflexion destinées aux personnes qui souhaitent mettre en œuvre des pratiques alternatives de notation conciliant rigueur certificative, soutien aux apprentissages et recours aux entretiens oraux.

Communication H
Triangulation ou reprise : deux chemins vers une posture d'accompagnement en notation par standards
Bruno Voisard (Cégep André-Laurendeau)
Caroline Cormier (Cégep André-Laurendeau)

La notation par standards, une modalité des pratiques alternatives de notation (PAN), vise à centrer l’acte d’évaluation sur les cibles d’apprentissage plutôt que sur les instruments d’évaluation, tout en offrant aux étudiantes et aux étudiants plusieurs occasions de démontrer leur progression. Elle implique également de recourir au jugement évaluatif afin de retenir les traces les plus représentatives des apprentissages et d’établir une note exprimée à l’aide d’un nombre limité de niveaux de performance. Mais à quoi cette approche ressemble-t-elle concrètement? Cette présentation propose de répondre à cette question en comparant deux implantations réalisées dans des cours de sciences au collégial. Dans un cours de chimie organique, où l’atteinte des cibles d’apprentissage se manifeste par la réalisation de tâches bien circonscrites, de courts tests permettent d’évaluer chaque cible individuellement. Des moments consacrés à la reprise des évaluations, en classe ou lors de rencontres au bureau, offrent ensuite aux étudiantes et aux étudiants de nouvelles occasions de démontrer leurs apprentissages, sans que leur niveau puisse être revu à la baisse.

Dans un cours de projet de fin d’études, où l’atteinte des cibles peut se manifester à travers des tâches variées, une autre stratégie s’impose : la triangulation des traces. Plutôt que de pondérer chaque instrument d’évaluation, les observations réalisées en laboratoire, les conversations menées lors d’entrevues individuelles ainsi que les productions écrites ou orales permettent de porter un jugement global et holistique sur le degré d’atteinte de chaque cible d’apprentissage. Malgré leurs différences, ces deux systèmes reposent sur des éléments communs : une échelle à cinq niveaux, une rétroaction continue, l’absence de pénalité pour les erreurs commises en cours d’apprentissage et une conversion finale des niveaux atteints en une note chiffrée respectant les pondérations définies par le comité de programme.

Cette présentation vise à outiller les personnes enseignantes qui souhaitent adopter la notation par standards en illustrant la manière d’adapter les stratégies d’évaluation à la nature des cibles d’apprentissage, quel que soit le cours. 

Communication I
Évaluer autrement : proposition d’un modèle alternatif d’évaluation des compétences techniques
Louis-Philippe D. Lefebvre (Cégep de l’Outaouais)

Au collégial, la note attribuée à la fin d’un cours résulte le plus souvent de l’addition de résultats selon une logique purement sommative. Une telle approche ne permet pas de garantir que la note finale reflète fidèlement le niveau de maîtrise d’une compétence au terme du parcours. Elle peut également contribuer à entretenir une culture de l’évaluation nuisible aux apprentissages. Et si des pratiques alternatives de notation permettaient de pallier ces écueils, notamment par l’instauration d’un seuil minimal de réussite fondé sur un ensemble de critères de performance jugés essentiels? Cette question a été au cœur d’un projet de maîtrise en pédagogie collégiale récemment achevé (Lefebvre, 2025).

Dans cette communication, nous présenterons les principaux résultats de cette recherche-développement. Nous mettrons d’abord en lumière certaines caractéristiques essentielles d’un processus évaluatif visant à certifier la maîtrise de compétences à finalité professionnelle (Leroux, 2015; Pasquini, 2021; Scallon, 2004). Nous examinerons également, sous l’angle de l’équité en évaluation, les caractéristiques d’un processus évaluatif empreint de justice (CSE, 2016, 2018; Feldman, 2023). Nous présenterons ensuite la stratégie évaluative développée, qui combine deux approches éprouvées : la notation basée sur les standards (Welsh, 2019) et la notation par spécifications (Nilson, 2011). Mise à l’essai dans une classe du collégial, cette stratégie s’inscrit dans le mouvement de la dénotation (Stommel, 2023), en ce qu’aucune note chiffrée n’est attribuée aux évaluations réalisées en cours de session. Une grille de certification de la compétence est plutôt utilisée, tant pour suivre le développement de celle-ci que pour déterminer la note finale au terme du parcours. Les nombreuses traces d’apprentissage accumulées tout au long de la session offrent ainsi les conditions nécessaires à l’exercice d’un jugement évaluatif à la fois plus juste et plus fidèle à la compétence développée. 

Bloc 4 (15h35 à 17h)

Communication J
Les meilleures raisons d’utilisation les PAN
Élise Desgreniers (Collège Lionel-Groulx)

Chez bien des membres du corps enseignant, les pratiques évaluatives sont rarement remises en question. La plupart reproduisent simplement le système dans lequel ils ont évolué et réussi, d’abord comme élèves, puis comme professionnels de l’éducation. Pourquoi vouloir changer ce qui a toujours fonctionné? Bien entendu, l’acte d’évaluer, qui comprend notamment la correction et l’attribution d’une note, est au cœur de la pratique professionnelle enseignante. Il constitue d’ailleurs l’un des aspects qui définissent profondément l’identité professionnelle et qui reflètent les valeurs de chaque personne enseignante. Par conséquent, rares sont les personnes qui osent remettre en question le système habituel de notation, fondé sur un cumul de points pondérés servant à déterminer la note finale. Heureusement, depuis quelques années, l’arrivée des pratiques alternatives de notation (PAN) dans le paysage éducatif québécois fait souffler un vent de changement sur l’évaluation. Plusieurs personnes enseignantes s’interrogent désormais sur leurs pratiques, remettent en question le système de notation habituel et innovent en mettant en place des modalités d’évaluation et de notation différentes. Toutefois, pour que l’adoption des PAN se démocratise, il faut davantage que de bonnes intentions fondées sur l’intuition. Des arguments solides et défendables sont nécessaires pour justifier adéquatement un changement de pratique. C’est précisément ce qui fera l’objet de cette présentation.

Durant l’atelier, une synthèse des écrits scientifiques portant sur les principales raisons d’adopter les pratiques alternatives de notation sera présentée. Les personnes participantes pourront ensuite s’appuyer sur ces arguments concrets pour convaincre leurs collègues et leur direction que ce changement peut contribuer à soutenir les apprentissages des élèves et à témoigner avec justesse de leurs acquis.

Table ronde et clôture du symposium
Animation : Hélène Paradis (Université Laval) et Laurent Bernatchez (Université Laval)