Communications libres
Jeudi le 19 novembre
Salle
Communication A (15 h 35)
Évaluer autrement : les compétences transversales entre théorie, pratique et innovation
Mohammed Lahlou (École Normale supérieure Tétouane)
Karima Laamiri
Jaouad El Guennouni
Dans un contexte éducatif en constante évolution, les compétences transversales, telles que la pensée critique, la collaboration, la créativité ou encore l’autonomie, occupent une place centrale dans les curricula contemporains. Cependant, leur évaluation demeure un défi majeur pour les systèmes éducatifs, en raison de leur nature complexe, contextuelle et difficilement mesurable par des outils traditionnels.
Cette communication s’inscrit dans une réflexion sur les transformations des pratiques évaluatives et interroge les modalités permettant de mieux articuler théorie et pratique dans l’évaluation de ces compétences. Elle met en évidence les limites des approches classiques centrées sur les connaissances déclaratives et explore les pistes offertes par des approches innovantes telles que l’évaluation authentique, les grilles critériées, les portfolios ou encore l’évaluation formative intégrée.Notre question est donc la suivante : comment peut-on repenser l’évaluation des compétences transversales afin de dépasser les limites des approches traditionnelles et de construire des dispositifs évaluatifs plus authentiques, cohérents et adaptés aux exigences de la formation actuelle? À travers une analyse théorique et une mise en perspective des pratiques pédagogiques, cette communication vise à montrer que l’innovation en évaluation ne consiste pas uniquement à introduire de nouveaux outils, mais surtout à repenser les finalités mêmes de l’évaluation. Elle propose ainsi une réflexion sur les conditions d’une évaluation plus formative, contextualisée et orientée vers le développement global de l’apprenant.
Communication B (15 h 55)
Y a-t-il un pilote dans l’avion? : les enjeux et limites de la création d’un test de classement en milieu universitaire
Louis-David Bibeau (Université de Montréal)
Élisabeth Veilleux (Université McGill)
Des études récentes dans le domaine de la littératie en évaluation des langues montrent que le fossé entre la recherche et la pratique est encore bien présent (Nussbaum, 2017; Rose, 2019). Les compétences en évaluation des enseignant·es sont souvent perçues comme déficitaires et comme étant un « problème à régler » pour la recherche (Baker et Bibeau, 2026). Parmi les pistes de solution présentées pour combler cet écart se trouvent les principes de la recherche axée sur la communauté (Key et al., 2019), qui invitent à une collaboration déhiérarchisée entre les chercheur·ses et les enseignant·es (Baker et Taylor, 2024; Yan et Fan, 2021).
Dans le cadre de cette présentation, nous explorerons le processus de développement d’un test de classement en français langue seconde en contexte universitaire sous l’angle de la recherche participative basée dans la communauté (Key et al., 2019), afin de tenir compte des rôles joués par les parties prenantes ayant chacune des compétences variables en évaluation (Taylor, 2013). Les principaux défis rencontrés seront présentés par le biais des thèmes suivants : la responsabilité et la propriété, puisque l’introduction d’un protocole de recherche ainsi que le développement et la mise en place d’un nouveau test imposent de nouvelles responsabilités qu’il est avisé de définir préalablement; la transparence, puisque le fait de travailler avec des gestionnaires, des enseignant·es et des technicien·nes pédagogiques et informatiques amène à composer avec une pluralité de « langages »; ainsi que la relation et le respect, puisque la réussite d’un tel projet repose sur la reconnaissance des expertises situées de chaque partie prenante.
Cette communication a pour but de mettre de l’avant certains écueils rencontrés dans le cadre de ce projet afin de permettre à de futures communautés de pratique s’engageant dans un processus similaire de planifier leur travail à l’aide de pistes de solution qui dépassent les considérations théoriques habituelles.
Communication C (16 h 15)
Un groupe de réflexion sur l’évaluation à distance : combattre les mythes et changer les pratiques
Sylvain Desautels (Pôle d’expertise interordres en formation à distance, Campus numérique Québec)
Nous étions dans une situation inconfortable : une rumeur courait entre les étudiants, dans les corridors, selon laquelle, après avoir échoué un cours, il suffisait de s’inscrire à sa reprise en ligne pour réussir sans effort. De plus, dans un contexte où les dissertations peuvent être rédigées par des intelligences artificielles génératives, devions-nous changer complètement les pratiques?
Campus numérique Québec a rassemblé différents acteurs de l’évaluation à distance de la littérature au collégial afin de trouver des solutions aux enjeux, d’apprendre ensemble de la recherche actuelle et d’établir des chantiers de travail. Cette communication présente le compte rendu d’un exercice mené en cinq rencontres, regroupant des enseignants, des enseignantes et des conseillères pédagogiques, qui pourrait — et devrait peut-être — inspirer d’autres équipes.
Nous aimerions vérifier si les besoins exprimés par les enseignants et enseignantes en littérature sont communs à d’autres disciplines. Les discussions et les partages porteront notamment sur les enjeux identifiés — intégrité intellectuelle, équité, charge de travail, littératie numérique, motivation et engagement, ressources insuffisantes —, les solutions explorées — évaluation du processus, validation orale, sensibilisation à l’intégrité, enseignement explicite, outils numériques, évaluation et autocorrection — ainsi que les recommandations des experts mobilisés.
Ce projet d’accompagnement offert à l’équipe de Cégep virtuel pourrait s’adapter à d’autres contextes, dans le cadre des activités du Pôle d’expertise interordres en formation à distance de Campus numérique Québec, un service gratuit du ministère de l’Enseignement supérieur pour les cégeps, les collèges privés subventionnés et les universités du Québec.
Communication D (16 h 35)
De la mesure de l’atteinte des compétences à l’évaluation intégrée d’un programme d’études
Nathalie Dubois (Université de Montréal, Faculté de pharmacie, Bureau d’évaluation et d’amélioration continue [BEAC])
L’évaluation des apprentissages constitue un pilier de la qualité en éducation. Comment l’articuler à l’évaluation d’un programme d’études? Cette communication présente la démarche de planification de l’évaluation du Doctorat de premier cycle en pharmacie « optimisé », l’enjeu étant de mesurer l’atteinte des compétences visées par le programme. Comment procéder? Comment impliquer les enseignant(e)s dans la transformation de leurs pratiques? Cette communication porte un regard critique sur l’élaboration du devis d’évaluation.
Le devis d’évaluation s’appuie sur deux cadres conceptuels : le modèle de la qualité des programmes d’études et le processus systématique d’évaluation et d’amélioration continue. Ces cadres s’ancrent dans les travaux de Deming (1991), Lauzier et Barrette (2013, 2014), Preskill et Boyle (2008) et Cousins et coll. (2014). Cette façon de réfléchir à l’évaluation transforme la mesure en processus générateur de connaissances organisationnelles (Richardson et coll., 2023). Pour ce faire, elle requiert toutefois un engagement des parties prenantes, un leadership organisationnel et une modification des pratiques d’enseignement (Thornton et coll., 2007; Da Silva et coll., 2024).
L’enjeu de la démarche est de forger des ponts entre la mesure des apprentissages et l’appréciation globale de l’atteinte des compétences visées par le programme d’études. De nature mixte, avec des mesures ex ante et ex post et un groupe de contrôle comparable, le devis s’inscrit dans un processus continu d’évaluation et d’amélioration (Torres et Preskill, 2001; Liew et coll., 2021). La participation des parties prenantes vise à transformer les données en leviers de décisions éclairées.
Cette communication partage la démarche de planification d’un devis d’évaluation visant à transformer les pratiques d’enseignement et à créer une culture d’évaluation des compétences transférable à d’autres programmes.