Communications libres
Jeudi le 19 novembre
Salle

Communication A (15 h 35)
Évaluation et équité en mathématiques : quand l’évaluation mesure autre chose que les mathématiques
Mélanie Brouard (Centre de services scolaire des Portages-de-l’Outaouais)

En Outaouais, comme ailleurs au Québec et au Canada, la société se transforme et se diversifie rapidement. Le milieu scolaire n’échappe pas à cette réalité. Les acteurs de l’éducation sont de plus en plus confrontés aux défis liés à la diversité culturelle, linguistique et socioéconomique des élèves, notamment à la pauvreté du champ lexical ou à un bagage expérientiel différent de celui attendu par l’école. Ces enjeux se manifestent également — et parfois de façon insidieuse — dans l’enseignement et l’évaluation des mathématiques.

Dans un contexte où le ministère de l’Éducation souhaite que l’école joue un rôle de passeuse de la culture québécoise, il devient particulièrement complexe d’évaluer les compétences mathématiques sans que le bagage culturel et langagier des élèves n’influence indûment les résultats. Les épreuves et tâches évaluatives peuvent alors mesurer, au-delà des mathématiques, la maîtrise du langage scolaire, la familiarité avec certains contextes culturels ou encore l’accès à des expériences antérieures spécifiques. Comment l’évaluation peut-elle réellement mesurer les compétences mathématiques lorsque celles-ci sont fortement médiatisées par le langage, les références culturelles implicites ou les contextes proposés? Comment concevoir ou adapter des tâches évaluatives plus équitables, sans en diminuer les exigences disciplinaires? Enfin, comment distinguer les difficultés relevant de la compréhension mathématique de celles liées principalement au langage?

S’inscrivant dans un cadre de référence axé sur l’équité en évaluation, le jugement professionnel et le rôle du langage dans l’apprentissage et l’évaluation des mathématiques, cette proposition vise à mettre en lumière certains biais linguistiques et culturels susceptibles de créer des obstacles systémiques à une évaluation juste des compétences mathématiques. Plus précisément, elle vise à sensibiliser les acteurs pédagogiques aux biais linguistiques et culturels pouvant influencer l’évaluation en mathématiques, à les outiller afin de concevoir ou d’adapter des tâches évaluatives plus équitables tout en maintenant des exigences mathématiques élevées, ainsi qu’à soutenir une meilleure distinction entre les difficultés mathématiques et celles principalement liées au langage. La démarche alternera de courts apports théoriques et l’analyse de situations d’évaluation authentiques. Les participants seront amenés à examiner des exemples de tâches, de formulations, de supports visuels et de stratégies d’étayage afin d’identifier des leviers concrets permettant de réduire les biais linguistiques et culturels en évaluation des mathématiques.

Communication B (15 h 55)
Favoriser le bien-être des élèves du primaire : expérimentation de trois outils pédagogiques par des enseignants
Coralie Beaumont (Université du Québec à Trois-Rivières)
Jean-Yves Bégin (Université du Québec à Trois-Rivières)
Nancy Goyette (Université du Québec à Trois-Rivières)

Dans les dernières années, des préoccupations importantes concernant la santé mentale des jeunes ont été soulevées (Kamanzi et al., 2017; Dionne et Bergevin, 2018). Les données les plus récentes de l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire (EQSJS, 2022-2023), comparées à celles de 2016-2017 et 2010-2011, soulignent une détérioration croissante de leur santé psychologique. Considérant que l’accompagnement qu’offrent les enseignants peut avoir des effets positifs sur le bien-être des élèves (Baudoin et Galand, 2021), le CIUSSS MCQ, en partenariat avec les établissements scolaires publics et privés de la région et l’UQTR, a mis en place un carrefour de ressources sur cette thématique en 2024 : le Laboratoire sur le bien-être optimal en éducation (LABOE). Cette initiative propose, entre autres, des ateliers pédagogiques pour favoriser le bien-être des élèves à l’école, que les enseignants peuvent animer en classe.

Cette communication présente les résultats d’une étude quasi expérimentale évaluant l’implantation et les effets de trois ateliers pédagogiques. Les objectifs visent à identifier les dimensions du bien-être (selon le modèle PERMA; Butler et Kern, 2016) les plus saillantes chez des élèves de la 3e à la 6e année du primaire en Mauricie et au Centre-du-Québec ayant participé aux ateliers. S’appuyant sur une méthode mixte de collecte de données, un questionnaire a été administré aux élèves avant et après la prestation des ateliers afin d’étudier l’évolution de leur bien-être. Un entretien semi-dirigé a ensuite été mené auprès de dix enseignants afin de décrire leur perception quant aux effets sur le bien-être des élèves et à la pertinence de ces ateliers.

Les données préliminaires laissent entrevoir que le bien-être des élèves augmente significativement entre les trois temps de mesure, ce qui suggère que les ateliers pourraient contribuer graduellement à l’amélioration du bien-être perçu chez les élèves.

Communication C (16 h 15)
En quoi évaluer un élève en modification des attentes est-il différent (ou pas) d’un élève suivant le curriculum régulier?
Renée Guérin (Centre de services scolaire des Draveurs)
Lucie Arsenault (Centre de services scolaire des Draveurs)

Le jugement professionnel de l’enseignant est au cœur de bien des discussions lors de nos accompagnements en tant que conseillères pédagogiques. Comme un juge à la Cour, l’enseignant doit prendre des décisions sur la base de faits, soit les preuves d’apprentissage, en tenant compte de différents éléments, dont les attentes du Programme de formation de l’école québécoise. En quelques mots, nous avons documenté et comparé nos contextes d’accompagnement comme conseillères pédagogiques : tantôt auprès d’élèves pour lesquels on modifie les attentes par rapport aux exigences du Programme de formation de l’école québécoise, tantôt auprès d’équipes d’enseignants tentant d’établir leurs modalités d’évaluation communes pour les élèves suivant le curriculum régulier.

Dans cette communication, nous présenterons les principaux éléments retenus dans cette recherche d’outils pour soutenir le jugement professionnel des enseignants que nous accompagnons : preuves d’apprentissage de qualité, objectifs d’apprentissage, outils de cueillette et d’analyse, appuis théoriques et légaux. Finalement, nous tenterons d’apporter un éclairage à cette question : les appuis d’un enseignant sont-ils les mêmes pour tous les élèves, qu’ils soient en modification des attentes ou non?

Communication D (16 h 35)
Évaluer le raisonnement mathématique pour soutenir les apprentissages : le rôle de l’évaluation formative comme pont entre théorie et pratique
Mélanie Brouard (Centre de services scolaire des Portages-de-l’Outaouais — CSSPO)

Dans les classes de mathématiques, l’évaluation occupe une place centrale, tant pour informer l’enseignement que pour soutenir les apprentissages des élèves. Toutefois, elle est encore trop souvent perçue comme un moment ponctuel visant principalement à vérifier l’exactitude d’un résultat ou à attribuer une note, au détriment de la compréhension des processus cognitifs mobilisés par l’élève.

Or, le raisonnement mathématique — incluant la sélection de stratégies, la justification des démarches et l’utilisation de représentations — constitue un objet d’apprentissage fondamental qu’il importe de rendre visible et d’évaluer de façon rigoureuse. S’inscrivant dans un cadre de référence axé sur l’évaluation formative, le jugement professionnel et les théories du développement du raisonnement mathématique, cette communication propose de réfléchir au rôle de l’évaluation comme levier d’apprentissage. Dans cette perspective, l’évaluation formative agit comme un pont entre les intentions pédagogiques issues de la recherche et les pratiques de classe, en permettant à l’enseignant de recueillir des informations pertinentes sur la compréhension des élèves et d’ajuster son enseignement en conséquence. La problématique abordée repose sur un constat largement partagé : plusieurs outils et pratiques évaluatives peinent à rendre compte du raisonnement mathématique réel des élèves, particulièrement lorsque l’attention est portée principalement sur la réponse finale. Comment concevoir des situations d’évaluation qui permettent de documenter les processus cognitifs à l’œuvre? Quelles traces du raisonnement peuvent être recueillies de manière réaliste en contexte de classe? Comment soutenir le développement de ces compétences sans alourdir la tâche évaluative des enseignants?

La communication s’articule autour d’une démarche ancrée dans la pratique. De courts apports théoriques seront combinés à l’analyse de situations d’évaluation authentiques issues de classes du primaire. Des exemples de questions, de tâches et de grilles d’observation mettant en évidence le raisonnement mathématique seront présentés. Les participants seront invités à réfléchir aux types de rétroactions susceptibles de favoriser la régulation des apprentissages et à la manière dont ces informations peuvent alimenter le jugement professionnel. Au terme de la communication, les participants disposeront de pistes concrètes pour reconnaître, documenter et évaluer le raisonnement mathématique de façon cohérente avec les intentions didactiques et les principes de l’évaluation formative.