Communications libres
Jeudi le 19 novembre
Salle

Communication D (11 h 05)
Les paramètres de la notation scolaire
Catherine Théberge (Université Laval)
Julien Bureau (Université Laval)

Plusieurs personnes enseignantes à travers le monde élaborent des pratiques évaluatives alternatives à la notation traditionnelle, lesquelles relèvent d’un mouvement communément désigné par le terme parapluie « ungrading » (Blum, 2020). Une classification par systèmes — abondamment codifiée et théorisée — prédomine dans les discours développés depuis plusieurs décennies autour de ces pratiques (Bellanca et Kirschenbaum, 1976; Sorensen-Unruh, 2024; Stommel, 2018). Cette catégorisation inclut notamment la notation minimaliste, contractuelle, basée sur la maîtrise, basée sur le jugement professionnel ou collaborative. Toutefois, sur le terrain, les personnes enseignantes agencent ensemble des éléments empruntés à différents modèles (Voisard et al., 2024). Ces hybridations invitent à concevoir les alternatives à la notation scolaire comme un calibrage de paramètres flexibles plutôt qu’un choix de système prédéfini.

À partir d’une revue systématique de la documentation scientifique sur les pratiques de notation alternatives, cette présentation propose une catégorisation formelle inédite de six dimensions constitutives de l’architecture de la notation scolaire : l’échelle (p. ex., continue ou à niveaux), la révisabilité (p. ex., sans ou avec possibilité de reprise d’évaluation), la temporalité (p. ex., communiquée immédiatement ou avec délai), l’objet (p. ex., porte sur la complétion, l’effort ou l’atteinte d’un critère), le juge (p. ex., déterminée sans ou avec collaboration de l’élève) et la procédure qui sous-tend sa détermination (p. ex., un calcul basé sur une série d’évaluations sommatives ou un jugement professionnel). Une échelle de mesure basée sur ce modèle conceptuel sera présentée. Cette taxonomie à six paramètres rend compte de la diversité et de la modularité des pratiques alternatives de notation et permettra de documenter le lien entre les pratiques de notation des personnes enseignantes au Québec et la motivation et le bien-être des élèves du primaire.

Communication F (11 h 30)
Quand l’évaluation sort des murs : regard d’enseignants en éducation physique et à la santé
Mikhaël Vigneau-Poirier (Université du Québec à Montréal)
Naomie Fournier Dubé (Université de Montréal)
Tegwen Gadais (Université du Québec à Montréal)

En contexte de plein air (PA), l’évaluation des apprentissages en éducation physique et à la santé (EPS) s’inscrit dans des conditions particulières susceptibles de complexifier le processus évaluatif. La variabilité des conditions environnementales, la dispersion des groupes et l’étendue des espaces d’apprentissage peuvent notamment influencer la planification de l’évaluation, la prise d’information ainsi que le jugement porté sur les apprentissages des élèves (Bezeau et al., 2023; Maziade et al., 2018). Bien que l’enseignement en PA soit associé à de nombreuses retombées positives pour les élèves et les enseignant.es, notamment sur le bien-être, l’activité physique et la santé mentale (Chawla et al., 2014; Gadais et al., 2023), les connaissances relatives à l’évaluation dans ce contexte demeurent limitées.

C’est dans ce cadre que s’inscrit cette communication, qui vise à présenter des résultats recueillis au moyen d’un questionnaire autorapporté portant sur les pratiques évaluatives d’enseignant.es d’EPS au secondaire. Développé, préexpérimenté puis diffusé en ligne auprès d’enseignants québécois selon la démarche proposée par Frenette et ses collaborateurs (2019), l’outil vise à documenter les pratiques déclarées au regard des différentes étapes du processus évaluatif, ainsi que les enjeux rencontrés dans leur mise en œuvre en contexte de PA. Les constats présentés dans cette communication se centreront plus spécifiquement sur la manière dont les enseignants planifient, recueillent, interprètent et communiquent l’information relative aux apprentissages des élèves en contexte de PA. Ils permettront également de dégager des pistes quant aux besoins en formation initiale et continue afin de soutenir le développement de pratiques évaluatives adaptées aux réalités du plein air.

Communication G (11 h 55)
Qualifier pour transformer les pratiques évaluatives : le cas d’une école engagée dans une approche sans note
Frédéric Doré (Université du Québec à Montréal)
Ariane Lavoie-Boyer (Université du Québec à Montréal)
Diane Leduc (Université du Québec à Montréal)

Cette communication fait état de la transformation des pratiques évaluatives dans le cadre d’un passage vers une approche sans notes, entendue non comme le simple retrait des notes chiffrées ou littérales, mais comme une posture collective critique à l’égard de la notation à l’échelle locale. Menée dans une école primaire québécoise, l’étude décrit comment l’équipe-école, accompagnée par l’équipe de recherche, reconfigure progressivement ses manières de planifier, de recueillir, d’interpréter et de communiquer les traces d’apprentissage lorsque les notes ne font plus partie du processus évaluatif. Qu’est-ce qui est réellement transformé?

Pour répondre à cette question, la transformation des pratiques évaluatives sera examinée à l’aune des trois zones dynamiques de Landry (2010) : le travail, l’affection et le pouvoir. La zone du travail permet d’analyser la réorganisation des pratiques : clarification des critères, diversification des traces, production d’outils descriptifs et place accrue de la rétroaction, dans une logique d’évaluation pour l’apprentissage (Black & Wiliam, 1998). La zone de l’affection met en lumière les croyances, les inquiétudes, les attentes et les rapports à l’erreur que la note cristallise chez les élèves, les parents et les membres de l’équipe-école (CSÉ, 2018; Hétu, 2019). Enfin, la zone du pouvoir permet d’interroger la redistribution des responsabilités évaluatives, la légitimité du jugement professionnel et les rapports d’autorité que la notation contribue habituellement à stabiliser (Pasquini, 2019; Tannock, 2017). Au cours de cette communication, les résultats de la recherche, incluant l’acte de qualifier les apprentissages et les conditions nécessaires pour réussir l’implantation de pratiques sans notes, seront exposés.